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Interview



C'est plus fort que toi!

Arrivé de nulle part avec un single puissant, MGDRV s'est affirmé comme l'une des belles promesses musicales portugaises de 2013. Deux titres plus tard, c'est un EP que l'on attend déjà de pied ferme. Ovo a sorti les manettes, vissé un "cap" sur la tête et interviewé le groupe. 


Commençons par les présentations. Qui sont les MGDRV? 
Hello! MGDRV signifie Mega Draive, groupe constitué de André Pinheiro aka Apache, André Madeira aka YoCliché et Miguel Pité aka Skillaz

Pourquoi avoir choisi ce nom? Vous êtes fans de la console de SEGA? 
MGDRV sont les initiales de Mega Draive (avec un A). Oui, le nom est tiré de la fameuse console de SEGA, la Mega Drive, sur laquelle nous avons joué pendant notre adolescence et qui fait partie à la fois de nous mais aussi de toute une génération (et même plus qu'une). 


C'est vous qui faites tout? Textes, instrumentaux, vidéos? 
Oui c'est nous qui faisons tout. Les textes c'est normal et essentiel que nous en soyons les auteurs, c'est nous qui prenons la parole et nous chantons ce que nous avons à dire. Les beats sont tous produits par Apache et c'est encore nous qui nous occupons des vidéos. Bien sûr, nous recevons et avons besoin d'aide également, mais nous sommes toujours à l'origine du contenu et du concept. Cela ne veux pas dire que nous sommes fermés sur nous-même mais c'est ainsi que les choses arrivent, et pour qu'elles arrivent cela ne dépend que de nous. 





Vous n'avez pas souhaité dévoiler votre identité lors de la première vidéo et le fait est qu'il y a toujours une part de mystère autour du groupe. Était ce l'objectif recherché? 
Nous avons souhaité nous présenter à travers notre musique. Et ce avec la meilleure qualité et originalité possible, ce sont les deux principaux éléments de notre identité et c'est à travers eux que nous souhaitons être identifiés. Nous ne pouvons pas dire que l'objectif était de créer tout un mystère autour de MGDRV mais nous nous doutions dés le départ que cela allait provoquer une certaine curiosité, susciter l'attention et provoquer une certaine attente par rapport à ce qui suivrait. Les visages, eux, allaient apparaître au fur et à mesure.


Votre premier titre, Cascavel, était très sombre alors que la nouvelle possède une bonne dose d'humour. N'était-ce pas un peu dangereux de créer une atmosphère sombre autour du groupe et de la détruire dés le titre suivant avec des Choco Max, des tigres, des chats et des œufs au plat? 
C'est normal d'associer un groupe/artiste à un style ou une ambiance sonore. C'est probablement ce que tu as ressenti en écoutant notre premier titre et nous avions conscience de ce que Cascavel allait provoquer. Toutefois, et bien que nous nous soyons fait connaître à travers ce titre cela ne veux absolument pas dire que tu ne nous verras que dans ce registre. C'est d'ailleurs ce que tu as ressenti avec Megacap qui a tout de suite cassé l'image laissée par le premier titre et le prochain son viendra certainement encore cassé cette image. Nous sommes bien sûr lié à un style mais nous n'en sommes pas prisonniers. 


Quoi qu'il en soit, vous avez réussi à créer un sacré buzz autour de vous grâce à des vidéos, un univers très personnel, des textes et des beats puissants. C'était l'objectif? 
Le buzz c'est l'effet collatéral, ce que nous voulons c'est faire de la musique à laquelle nous nous identifions et recherchons toujours amener quelque chose de neuf. 




Quel est le prochain pas? Un premier EP serait en cours? 
Oui, nous avons beaucoup de musique et d'idées que nous avons besoin de sortir. D'ici peu, nous allons en regrouper une partie et les lancer.


Vous êtes prêts à défendre ce projet sur scène?
Pas encore, mais c'est une chose à laquelle nous apporterons beaucoup d'attention. L'important est que ce ne soit pas juste deux MC's et une sono derrière...


Quel est votre opinion sur la musique portugaise? La façon dont elle est faite, divulguée, écoutée.. Où situez-vous MGDRV?
C'est une période très excitante.  La musique portugaise parvient de plus en plus à se détacher de certains préjugés. De plus, il y a nouvel engouement pour la musique nationale, une curiosité croissante et des projets de qualité croissante. C'est quelque chose que l'on ressent à la fois en tant que consommateur qu'en tant que créateur, ou si tu préfères le consommateur/créateur moderne. On se situe bien dans cette vague de nouveaux créateurs.


Le dernier mot vous revient. .
Nous vous préoccupez pas du fait d'être original ou pas, personne n'est original. la chose la plus proche du concept "originalité" est le big-bang. Soyez malins et cultivez-vous!


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Interview



Interview d'un grand discret 

Old Jerusalem a hissé ses deux premiers albums aux premières places des classements des meilleurs disques de l'année et les suivants dans le top 10. La presse portugaise, généraliste et spécialisée, reconnait unanimement ses qualités. Pourtant le projet demeure presque confidentiel, ne  parvenant pas à franchir les frontières d'un pays devenu trop petit pour lui. Celui que l'on compare à Nick Drake ou Will Oldham répond aux questions de Ovo et revient sur dix ans de carrière. 

Commençons par les présentations. Qui es-tu et qu'est Old Jerusalem? 
Je m'appelle Francisco Silva et je suis le "mentor" de ce projet que j'ai appelé Old Jerusalem. Old Jerusalem est un groupe avec une formation variable et un élément permanent: moi. C'est un projet dédié à la composition et à l'interprétation de chansons. 


Photo: Rita Carmo

Dix ans sont passés depuis ton premier album, April. Pensais-tu que tu continuerais à faire de la musique après tout ce temps? En regardant en arrière, quel est ton sentiment sur ce qui a été fait?
Je ne peux pas dire que je m'y attendais car je ne me souviens pas y avoir pensé sur le moment. L'important était de faire les choses et j'avoue qu'à cette période il m'était égal que le projet puisse exister vingt ans ou qu'il s'arrête après April. Mon sentiment sur ces dix ans de musique oscille entre la satisfaction d'avoir pu la faire et la sensation que rien n'a encore été fait de façon suffisamment définitive pour en tirer une quelconque impression de réalisation personnelle.

J'ai le sentiment qu'il y a toujours une grande attente autour de ta musique et, jusqu'ici, ni le public ni la presse spécialisée ne s'est montrée déçue, chacun de tes albums entrant dans la liste des meilleurs de l'année, sinon le meilleur. Ressens-tu une certaine pression face à cette attente ou continues-tu à composer de la même façon?
Même si il est vrai que Old Jerusalem a toujours bénéficié de très bons retours, que ce soit du public qui suit le groupe ou des médias spécialisés, il n'est pas moins vrai que le projet a toujours existé dans un milieu restreint, dans une niche du marché musical portugais, qui à la base est déjà exigu. On relativise les petits succès de critiques que l'on a obtenu au fil du temps, ce qui nous permet de continuer à travailler sans grande pression, concentrés uniquement sur le moment présent.



Quel mot choisirais-tu pour illustrer chacun de tes cinq albums?
En anglais dans le texte, et en mode "écriture automatique": April: Birth, Twice The Humbling Sun: Summer, The Temple Bell: Milk, Two Birds Blessing: Genesis, Old Jerusalem: Augustine, Le prochain? October. :)

Sauf erreur de notre part, tous tes albums ont été produits par Paulo Miranda dans les studios Amp Studio? Comment décrirais-tu ta relation de travail avec lui?
Depuis le début, Paulo Miranda a montré un grand enthousiasme pour les compositions de Old Jerusalem. La continuité de ce projet est en grande part due à cet intérêt et son goût de travailler nos chansons. C'est essentiellement ça qui est à la base de cette longue relation de travail que nous avons développés. 


Après des sorties sur Bor Land et Rastilho, ton dernier album a été édité par un autre label indépendant, PAD. C'est ton souhait de continuer dans le circuit indépendant et avoir un meilleur contrôle de ta musique ou penses-tu un jour signer en major et, potentiellement, bénéficier des moyens plus importants que celles-ci peuvent offrir? 
J'ai eu des contacts avec des "majors" qu'après la sortie du premier album, April. A l'époque, les propositions qui ont été faites étaient limitées en terme de créativité et donc, de mon point de vue, peu intéressantes. Après ces contacts, il n'y a plus eu de signe d'intérêt de la part de "majors" et, de notre côté, nous n'avons pas non plus chercher à renouer de contacts. Je n'ai aucune objection fondamentale à l'idée de travailler avec des "majors" mais je doute qu'il y ait, considérant la situation actuelle et la nature des compositions de Old Jerusalem, un bénéfice pour chacune des parties. Les labels indépendants ont offerts des conditions de travail plus adaptées à la dimension du projet, à ses particularités esthétiques et à son fonctionnement. 





Bien que Old Jerusalem soit un projet avec des possibilités d'internationalisation, le fait est que, sauf quelques apparitions sur des compilations (Acuarela en Espagne ou A Découvrir Absolument en France) ou l'édition de ton dernier album en Allemagne, le projet n'a pas eu une grande visibilité à l'échelle internationale. Quels moyens pourrais-tu développer pour arriver à des oreilles autres que portugaises? As-tu eu des propositions de concerts dans d'autres pays?
Je considère l'incapacité à susciter un intérêt solide hors du Portugal comme le plus grand échec d'Old Jerusalem. Depuis le début, nous avions comme objectif de faire de Old Jerusalem un projet global, même s'il ne venait à toucher que quelques personnes dans chaque pays. L'idée était de trouver un public dans plusieurs pays qui servirait de base à un petit réseau de concerts et de sorties internationales. Cette idée a échoué à chaque fois, et j'ai peu d'espoir que nous réussissions à atteindre cet objectif. Ceci étant dit, nous continuerons à insister! :)


Ovo: Tu viens de sortir un EP sur lequel tu as revisité cinq de tes chansons. Pourquoi ces chansons et pourquoi les avoir retouchées?
Nous avons ré-enregistrés ces chansons car nous avons eu le sentiment qu'elles avaient gagnés un caractère différent au fil des concerts. L'idée était de les éditer sous cette nouvelle forme. Mais l'objectif plus proche et plus pragmatique était de créer un objet qui servirait de cadeau aux personnes qui ont achetés leur billet pour le concert que nous avons joués au CCB en fin d'année dernière (NDLR: Centre Culturel de Belém, à Lisbonne). 




Depuis 2003, tu as sorti un album tous les deux ans et le dernier date de 2011. Est-ce qu'un nouvel album est prévu pour 2013? Peux-tu nous en parler un peu?
Il existe des idées et des démos pour un prochain disque, mais je ne sais pas s'il sera possible de maintenir cette régularité pour sortir un album en 2013. Le contexte macroéconomique n'aide pas et d'un point de vue personnel, je ne sais pas si j'aurai la possibilité de financer un album cette année, ni même s'il vaudrait la peine de le sortir dans la conjoncture actuelle. S'il ne venait pas à sortir maintenant (2013), il sortira certainement plus tard. 


Tu partages ta vie entre une activité musicale, secteur en crise, et une autre d'économiste, autre secteur en crise. Comment vit-on ces deux vies au Portugal, pays également en crise? N'y-a-t-il pas là une sorte de masochisme à vouloir continuer ainsi? Un joker est valable pour cette question.
Bien, la réponse précédente donne le ton pour celle-ci. Effectivement, nous ne sommes pas au meilleur endroit au meilleur moment. Mais je dis ça en termes relatifs, il y a des choses bien plus graves qui se passent un peu partout dans le monde. Du masochisme en tout cas non, ça n'en est pas car nous maintiendrons l'activité de Old Jerusalem que tant qu'elle nous apportera une satisfaction personnelle indépendamment de l'aspect financier. Quant à mon activité d'économiste, le fait est que la crise l'a rendue extrêmement intéressante en termes intellectuels. 



 Photo: Leonel Morsa

Quel est ton opinion sur la musique portugaise? La façon dont elle est faite, divulguée, écoutée..
Je dois avouer que ces derniers temps je ne vois pas la musique portugaise comme une chose "autonome", dirons-nous. J'accompagne ce qui sort, de façon un peu sporadique, et j'ai l'impression que beaucoup de choses sont en train d'arriver, mais d'une façon plus diffuse qu'il y a quelques années. Le marché de la musique au Portugal est toujours anémique et peu digne d'intérêt, mais esthétiquement il y a toujours choses intéressantes qui sortent. Peut-être est-ce ce dernier point qui est importe réellement. 


Que sais-tu du public français?
Quasiment rien je dois l'avouer, d'autant que je n'ai jamais eu de contact avec. :)


Le dernier mot te revient. Tu peux dire ce que tu veux aux lecteurs de Ovo.
Dans ce cas, j'invite naturellement chacun à écouter les chansons de Old Jerusalem et j'espère sincèrement que vous y trouverez quelque chose qui vous touchera :)


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Interview



Les cinq univers d’António Zambujo




«Quinto» («cinquième» en portugais) comme le cinquième album de sa carrière, cinq comme le quintet de musiciens qui jouent sur l’album, ou encore ses cinq références musicales. António Zambujo signe avec «Quinto» l’un des plus beaux albums portugais de l’année 2012. C’est à la veille de son concert au Coliseu qu’il nous reçoit à Lisbonne sans nervosité apparente avant cette date importante pour lui, pour nous parler de «Quinto», album qui lui a permis de devenir l’une des figures incontournables de la musique portugaise actuelle. Le public parisien pourra le retrouver le 8 février à l’Alhambra dans le cadre du Festival Au Fil des voix

Avec « Quinto » vous réussissez à imposer une sonorité musicale qui n’appartient qu’à vous. Comment définiriez-vous votre musique ? Peut-on encore parler de fado pour définir la musique d’António Zambujo? 
En aucune manière et je crois que plus personne ne se pose la question. Le fado et la musique traditionnelle de ma région, l’Alentejo, sont les deux piliers de tout ce que je fais. Pour moi, ce sont deux grandes références qui se maintiendront toujours. Et à ces deux piliers, j’ai ajouté des choses au fur et à mesure de mes écoutes musicales. Quand j’ai entendu João Gilberto pour la première fois, je suis tombé amoureux de la musique brésilienne et j’ai assumé la musique brésilienne comme une référence. Quand j’ai découvert Chet Baker, j’ai commencé à écouter du jazz et à l’assumer comme référence. J’ai pris plus tard des cours de guitare dans une école de jazz à Lisbonne. Puis j’ai écouté Cesária Evora, je suis tombé amoureux des mornas du Cap Vert et je l’ai assumé comme référence. Je crois que ces 5 univers : le fado, la musique traditionnelle, la musique brésilienne, les mornas du Cap Vert et le jazz sont mes plus grandes références en tant qu’interprète et en tant que compositeur. Et c’est dans ces univers que ma musique voyage. On a réussi, notamment avec « Quinto », à créer une sonorité qui nous est propre. 

«Quinto» a t-il suivi un processus de création différent des autres albums ? 
Le processus fut plus simple que pour les autres albums car les collaborations se sont construites petit à petit au fil des années avec les auteurs qui écrivent pour moi, les musiciens qui jouent avec moi. A partir de 2009, on a fait de plus en plus de concerts, on a beaucoup voyagé. Jouer ensemble nous a permis d’avoir une vraie complicité. « Quinto» a été un album très facile à faire, notamment grâce à ça, les choses étaient déjà bien huilées. Une des grandes différences avec les albums précédents, c’est que nous avons voulu enregistrer une partie de l’album en live. C'est ce que nous avons fait dans un théâtre à Sines. 

Vous chantez un Portugal d'aujourd'hui dans "Quinto", toutefois vous ne signez aucune des paroles de l'album. Cela ne vous manque-t-il pas ? 
Aucunement. Je n’en ressens pas le besoin et je n’en ai pas la vocation. Je suis beaucoup plus musique que parole, même si j’aime beaucoup la poésie. Je n’ai jamais ressenti l’inspiration pour écrire des paroles. 

Comment travaillez-vous avec les auteurs qui écrivent pour vous, comme João Monge, Nuno Júdice, Maria do Rosário Pedreira ou encore l’écrivain angolais José Eduardo Agualusa? 
Je n’impose pas de thème, je leur donne une liberté totale. Ils savent pour qui ils écrivent, ils me connaissent bien, moi et ma musique. Cela me permet d’avoir une totale confiance en ce qu’ils vont me proposer. En plus d’être certain que ce sera de qualité, je sais que cela me ressemblera. 

On retrouve sur cet album Pedro Da Silva Martins du groupe Deolinda, comment est née cette collaboration ? 
J’ai connu Pedro, il y a environ un an, on assistait au même concert. On s’est croisé à la fin, on s’est dit qu’on admirait le travail l’un de l’autre. Peu de temps après, je suis entré en contact avec lui, je voulais qu’il essaie de faire une musique pour moi. Il m’a répondu qu’à l’époque il avait déjà un dossier dans son ordinateur avec mon nom parce qu’il voulait me montrer certaines choses. J’aime beaucoup le résultat final et les musiques qu’il a composées (« Algo estranho acontece » et « Queria conhecer-te um dia ».) Je trouve, qu’avec Miguel Araújo (Os Azeitonas), il fait partie des meilleurs paroliers/compositeurs de cette nouvelle génération de musiciens portugais. 



Les journalistes aiment à répéter que vous êtes le «João Gilberto du Portugal». Comment le prenez-vous? Cela vous agace-t-il ? 
Que ce soit clair : c’est ce que les autres disent de moi, cela ne vient pas de moi ! Mais puisqu’on me compare à quelqu’un, je préfère que ce soit à João Gilberto plutôt qu’à Julio Iglésias ! 

Chantez-vous encore dans les Casas de Fado ? 
Plus depuis plus d’un an. C’est devenu incompatible avec ma carrière. 

Cela vous manque-t-il? 
Beaucoup. La complicité que l’on a avec les musiciens dans ces espaces, accompagner, écouter d’autres artistes, tout ça est très important. Même si composer est un processus égoïste, il est important d’absorber d’autres musiques, d’écouter d’autres artistes, afin de voir ce que l’on peut améliorer ou au contraire ce que l’on doit éviter. C’est un vrai apprentissage et on retrouve cela dans les Casas de Fado, car il y a chaque soir cinq à six personnes qui chantent. Et puis, il y a ce contact privilégié avec le public, la proximité, l’ambiance, les lumières tamisées. Je me souviens que j’avais l’habitude de chanter appuyé contre un pilier à Senhor Vinho. Je m’y sentais vraiment bien. J’y rechanterais un jour, occasionnellement, juste pour le plaisir. 

Vous êtes très souvent en concert en France, sentez-vous une différence entre les publics français et portugais? 
Il y a une chose très curieuse. Je me suis rendu compte que dans les pays du nord de l’Europe, j’y inclus la France, le public avait une très grande écoute. On sent que c’est un public très attentif et intéressé. Si intéressé que parfois il peut paraître peu enthousiaste et applaudir peu entre les chansons. Mais à la fin du concert, c’est toujours l’apothéose. En France, la réceptivité a toujours été très bonne. Très curieusement, j’ai compris au concert d’hommage à Zeca Afonso qu’il y avait beaucoup de Portugais qui habitaient en France et qui ne me connaissaient pas. J’espére qu’ils seront nombreux à l’Alhambra à venir découvrir ma musique! 
Interview réalisée pour le CAPMag(Février 2013) / Crédit Photos : Jonas Batista

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Interview



Les rêves et la folie d’Ana Moura




C’est en pleine promotion que nous retrouvons Ana Moura à Lisbonne. Elle nous accorde une heure de son temps précieux afin de nous parler de son dernier album «Desfado» sorti en novembre au Portugal et depuis janvier en France chez Universal. Dans «Desfado», produit par Larry Klein (producteur de longue date de Joni Mitchell), elle fait appel à une nouvelle génération de musiciens, accueille Herbie Hancock sur un titre et sort pour la première fois de son univers: le fado. Ana Moura est devenue en quelques années l’une des fadistes les plus internationales. Elle sera en concert le 9 février au Café de la Danse, à Paris, ville qui restera celle où Prince est venu la découvrir en concert il y quelques années.

Nouveau producteur, appel à une nouvelle génération de musiciens pour la composition, un univers musical différent, peut-on parler pour «Desfado» d’un album de rupture dans votre carrière ? 
Je dirais plutôt que « Desfado » est un album aventurier. Je voulais explorer d’autres univers musicaux en y mélangeant mon univers en tant que fadiste. Ces dernières années j’ai fait beaucoup de collaboration avec des artistes d’univers très différents et je m’y suis sentie très bien. Ça m’a énormément enrichie. Je voulais explorer ça et surtout que ce soit enregistré et partagé avec le public. 

Alors que tous vos albums avaient été produit jusqu’ici par Jorge Fernando (compositeur et fadiste de renom), c'est Larry Klein que l'on retrouve à la production de « Desfado », comment est née cette collaboration? 
Je voulais tout d’abord un producteur que j’admirais. J’ai fait une liste et il était au top de cette liste. Mon manager l’a contacté. Curieusement, Larry Klein me connaissait déjà et avait déjà pensé travailler avec moi. Il a accepté de suite. L’année dernière, j’étais en tournée aux Etats Unis avec une date à Los Angeles, ville où il vit. Il est venu me voir et on a fait connaissance. Il est venu au Portugal faire la pré-production de l’album et je suis allée ensuite avec deux de mes musiciens à Los Angeles pour enregistrer dans son studio. Ce fut la première fois que j’enregistrais un album hors du Portugal. Ça nous a permis d’être concentrés à 100% sur l’album et de profiter au maximum de ce moment unique. 

Márcia, Luisa Sobral, António Zambujo, Manel Cruz (Ornatos Violeta), Pedro Silva Martins (Deolinda), Miguel Araújo (Os Azeitonas) … toute une nouvelle génération a été conviée à composer pour «Desfado» sans parler des artistes confirmés comme Pedro Abrunhosa ou encore Aldina Duarte…. Comment est née cette idée ? 
Je suis l’amie de certains et j’appréciais leur travail. Quant aux autres, j’ai toujours suivi leur carrière. On a au Portugal des compositeurs bourrés de talents. L’idée était d’inviter ces compositeurs à écrire pour moi, sans la préoccupation d’être en train d’écrire un fado. Je voulais qu’ils apportent leur touche personnelle, à moi d’unifier l’ensemble avec mon interprétation. 

Y a t-il eu un échange entre vous ou étaient-ils complètement libres ? 
J’avais demandé aux premiers que j’avais invité qu’ils se basent sur deux thèmes : les rêves et la folie. Tout simplement car ce disque, en m’aventurant dans une chose si différente du fado, ce genre musical quasi intouchable et religieux, se résumait à ça. Mais par la suite quand d’autres compositeurs m’ont envoyé leurs titres, j’ai vu qu’ils étaient loin de ces thèmes. J’ai fini par abandonner l’idée. Du reste, ils étaient totalement libres. 




Comment est née la participation de Herbie Hancock sur le titre en anglais dont vous avez composé la mélodie «I Dream of Fire»? 
Je suis une grande fan de Herbie Hancock depuis de nombreuses années. J’ai des vinyles de lui un peu partout chez moi, comme si c’était des œuvres d’art, des peintures. Mon manager connaissait mon admiration pour Herbie Hancock. Quand nous étions en train d’enregistrer à Los Angeles, il l’a dit à Larry Klein. Larry a pris le téléphone et appelé Herbie. La réponse de Herbie Hancock fut surprenante : à ce moment-là il écoutait deux artistes avec sa femme, et l’une d’entre elles c’était moi. Larry l’a défié alors à enregistrer sur l’album. Ce fut inespéré et une surprise pour moi. 

Y a t-il un titre en particulier avec lequel vous vous identifiez le plus sur cet album ? 
Lorsque j’ai commencé à recevoir les poèmes, il y en avait un avec lequel je m’identifiais beaucoup. Il était le reflet de ce que je vivais à ce moment là en m’aventurant dans ce parcours, c’était « O espelho de Alice » écrit par Nuno Miguel Guedes. Mais au final, ils finissent tous par répandre ce que je ressens en ce moment. 

Vous sentez vous plutôt chanteuse ou fadiste ? 
 Sans aucune hésitation, je me sens fadiste. 

Avez-vous la prétention de rénover le fado avec cet album? 
Je ne pense pas beaucoup à ça pour être sincère. Quand j’enregistre un fado traditionnel qui a déjà été chanté des milliards de fois, j’aime que les paroles soient différentes, mais aussi que les musiciens apportent leur touche personnelle. Ces musiciens font partie de cette nouvelle génération qui est influencée par ce qu’ils voient, écoutent. Inconsciemment, on apporte toujours quelque chose de nouveau au fado, notamment dans les paroles qui reflètent de la meilleure manière ce que nous vivons. 

Le milieu du fado est un monde très fermé avec son lot de puristes. Comment ont-ils réagi à «Desfado»? 
Pour être vraiment sincère, je ne sais pas encore. Je n’ai eu qu’un tout petit retour à travers les réseaux sociaux. Sur les milliers de commentaires, uniquement deux personnes liées étroitement au milieu du fado se sont sentis offensées, mais je crois que c’est parce qu’ils n’ont pas compris le message de l’album. Ils disaient que j’essayais de moderniser le fado, or comme je viens de le dire, ce n’est en aucun cas mon objectif. Je fais ce que j’estime avoir du sens dans ma carrière. 

Vous serez en concert le 9 février au Café de la Danse, quel souvenir gardez-vous de Paris ? 
J’adore Paris, c’est une de mes villes préférées. J’ai l’habitude de dire que c’est l’une des trois villes dans le monde où j’aimerais vivre pendant un an. Et puis, surtout, Paris est la ville où j’ai connu Prince lorsqu’il venu me voir à La Cigale en 2009. Ce fut une expérience fantastique, un très beau moment. 


Interview réalisée pour le CAPMag(Février 2013) / Crédit Photos : Isabel Pinto
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