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Spécial Révolution des Oeillets / Albums



Sérgio Godinho - Os Sobreviventes
1971 - Sassetti

Né en 1945, Sérgio Godinho, alors âgé de 26 signe un des grands classiques de la musique portugaise. Enregistré au Chateau d'Hérouville (où seront enregistrés Mudam-se os Tempos, Mudam-se as Vontades de José Mario Branco et Cantigas de Maio de José Afonso, tous trois la même année), Os Sobreviventes deviendra un des quatre pilliers de la nouvelle musique portugaise. 

Exilé en France, il y traverse mai 68, joue dans la comédie musicale Hair et se lie d'amitié avec d'autres exilés célèbres, parmi eux Luis Cilia et José Mario Branco. C'est d'ailleurs avec ce dernier qu'il réalisera cet album, l'auteur de Margem de Certa Maneira produit, fait les choeurs et joue de nombreux instruments. Que Força é Essa?, Descansa a Cabeça, Paula, Que Bom Que é, O Charlatão, Farto de Voar, Senhor Marquês, Romance de Um Dia na Estrada (tiré d'un précédent EP), A Linda Joana ou  Maré Alta sont quelques unes des chansons qui composent Os Sobreviventes. Sérgio Godinho s'affirme immédiatement comme l'un des grands auteurs et interprètes de chansons en portugais, ce qu'il confirmeratout au long de sa carrière à travers Pré-Histórias (1973), Pano-Cru (1978), Campolide (1979) ou Salão de Festas (1984). 

Trois jours à peine après sa sortie, l'album est censuré et retiré des bacs, bacs qu'il retrouve quelques temps après, puis en est encore retiré. Au final, Os Sobreviventes recevra le prix du meilleur album de l'année, Sérgio Godinho celui de meilleur auteur de l'année. Que dire de plus?



Spécial Révolution des Oeillets / Albums



Luis Cilia - Portugal/Angola: Chants de Lutte
1964 - Chants de Lutte

Luis Cilia est né en Angola en 1943. Il rejoint Lisbonne en 1960 mais n'y fait qu'un bref passage. Il doit fuire le Portugal,  quatre ans plus tard, fiché par la PIDE, et part en exil pour Paris, où il restera jusqu'en 1974. 

1964. L'année où tout bascule pour Luis Cilia. Il arrive donc à Paris, un 1er avril.  Peu après, au domicile de Câmara Pires (leader angolais du MPLA), il rencontre Collette Magny que aura un rôle déterminant dans sa carrière. C'est elle qui présente Luis Cilia à Paco Ibañez (qui deviendra l'un des ses grands amis) et à son futur label Chants de Lutte. Portugal-Angola: Chants de Lutte sera l'un des tous premiers albums de la "chanson d'intervention". Il y dénoncera, à travers ses propres textes mais aussi ceux du Cap-Verdien Daniel Filipe ou Manuel Alegre, entre autres, les guerres coloniales et les manques de liberté au Portugal. A la sortie du disque, Luis Cilia n'a encore jamais écouté Adriano Correia de Oliveira, José Afonso, José Mario Branco ou encore Sérgio Godinho. Par la suite, partageant les mêmes idées, ces compagnons de lutte deviendront ses amis, au même titre que Léo Ferré ou Georges Brassens, dont il deviendra le parrain et dont il reprendra, en portugais, son très célèbre La Mauvaise Réputation.

Durant les années qui suivirent, Luis Cilia continua à sortir de nombreux disques. Il permettra à de nombreux poètes, certains interdits au Portugal, de traverser les frontières comme avec la trilogie La Poésie Portugaise de nos Jours et de Toujours (1967/69/71)  ou bien plus tard O Peso da Sombra (poésie de Eugénio de Andrade) en 1980, Sinais de Sena (Jorge Sena) en 1985 et Penumbra (David Mourão Ferreira) en 1987. Avant cela, il travaillera au sein de l'Union National des Etudiants de France auprès de Serge July (fondateur de Libération) et Alain Crombecque (directeur du festival d'Avignon). Le théatre justement, Luis Cilia en fera également au sein de la pièce Ma Déchirure de Claude Chabrol, où il partagera les planches avec Pierre Arditi et Patrick Dewaere. Luis Cilia sortira de nombreux albums par la suite parmi lesquels O Guerrilheiro en 1974, Marginal en 1981 ou Contradições en 1983. Il y a quelques années, il a décidé de mettre un terme à sa carrière d'interprête, consacrant son activité sur la composition. Restent de ce pionnier de la "chanson d'intervention" des titres comme Meu país, O Menino Negro Não Entrou na Roda, Exílio mais aussi l'hymne du parti communiste portugais Avante.


Spécial Révolution des Oeillets / Albums



José Mario Branco - Mudam-se os tempos, Mudam-se as vontades
1971 - Sassetti

José Mário Branco, musicien, compositeur, arrangeur, producteur et enfin chanteur, est né à Porto en 1942. Ses parents sont professeurs dans le primaire. Il fera des études d'histoire à l'université de Coimbra avant de partir pour l'exil forcé, à seulement 21 ans. Il restera à Paris jusqu'à la fin de la dictature et sera le principal responsable du renouveau de la musique portugaise, jusqu'à alors habitué à des balades naïves et insipides.

A Paris, il a une présence active dans le milieu culturel et associatif, participant notamment à de nombreux spectacles dirigés à la communauté de portugais émigrés. En 1967, il lance son premier EP Seis Cantigas de Amigo puis Ronda do Soldadinho deux ans plus tard. Il traverse donc mai 68 et en tire de nombreux enseignements qui seront les ingrédients de sa musique. En 1971 il produit les albums Cantigas de Maio de José Afonso et Os Sobreviventes de Sérgio Godinho. La même année sort Mudam-se os Tempos, Mudam-se as Vontades. Ces trois disques et le Gente de Aqui e de Agora de Adriano Correia de Oliveira sont les   quatre piliers de la nouvelle musique portugaise, tous sortis à l'automne 71. Autodidacte, il assumera tout le processus de création du disque: financement, enregistrements, fabrication et distribution. L'album sonne comme un mélange de jazz, de musique médiéval, de fado avec des touches de blues. Les thèmes abordés sont naturellement anti-régime, il y est question de changements, de liberté et bien sûr de l'exil et de l'émigration. Dans la continuité de ce disque sortira également Margem de Certa Maneira en 1973.

En 1974, juste après la révolution, il fonde le groupe GAC (Grupo de Acção Cultural) avec lequel il enregistrera deux disques  A cantiga é uma Arma (1976) et Pois Canté! (1977). Suivront plusieurs disques parmi lesquels Ser Solidario et surtout FMI, tous deux en 1972. Ce dernier, publié sous la forme d'un maxi 12", est un enregistrement live pendant lequel José Mário Branco résume en une vingtaine de minutes les rêves et déceptions du mouvement révolutionnaire portugais. Sa dernière apparition musicale date de 2009 avec Três Cantos, album live enregistré avec Fausto et Sérgio Godinho. 



Vintage



Adriano, révolutionnaire à plus d'un titre

Trente ans que le troubadour sans peur nous a quitté. Trente ans et pourtant trop peu de mots pour l'un des plus grands artistes portugais. Un artiste qui a commencé avec un certain José Afonso, interprété les magnifiques poèmes de Manuel Alegre et reste pourtant trop peu connu: Adriano Correia de Oliveira.


Adriano Correia de Oliveira est né en 1942 et a grandi à Avintes (15km au sud-est de Porto). A 17 ans il entre en Droit à l'université de Coimbra, amenant avec lui sa guitare électrique, reçu de ses parents en cadeau d'entrée en faculté, qu'il abandonnera rapidement. Rapidement, il fréquente le milieu musical local, pratique son fado typique et intègre l'Orfeão Académique. Le Fado de Coimbra est alors en plein renouveau, renouveau initié par Artur Paredes (père d'un certain Carlos Paredes) et António Menano et dans lequel interviendront Luis Goes ou José Afonso. Entre 1959 et 1962 seront édités quatre EP. L'empreinte musicale de Coimbra marquera toute sa carrière musicale, qu'elle soit de chanteur de fado ou de musique d'intervention (nom donné au courant musical qui chantait sa contestation au régime dictatorial alors en place). En 1962, son engagement politique devient de plus en plus fort, il participe à des manifestations anti-salazariste et, l'année suivante, publie l'hymne de la révolte estudiantine: Trova do Vento que Passa.


En 1964, il séjourne à Paris et y rencontre un autre grand nom (malheureusement encore plus méconnu) de la musique d'intervention, Luiz Cilia. Deux ans plus tard il épouse Matilde Leite, avec laquelle il aura deux fils. La période 1967-1971 sera sa plus fertile en terme d'éditions avec pas moins de quatre disques (et ce alors qu'il aura à exécuter son service militaire entre 1968 et 1970). Se succéderont l'album éponyme Adriano Correia de Oliveira en 1967, O Canto e as Armas sur des poèmes de Manuel Alegre (1969), Cantaremos avec LA chanson sur l'émigration Cantar de Emigração (1970) et surtout Gente de Aqui e de Agora (1971), entièrement produit par José Niza. Ce dernier sera l'un des quatre piliers de la révolution musicale qui s'opérera au Portugal, pourtant toujours sous la dictature, au côté de Cantigas do Maio de José Afonso, Mudam-se os Tempos Mudam-se as Vontades de José Mário Branco et Os Sobreviventes de Sérgio Godinho, tous sortis à l'automne 1971. 



Cette fois définitivement en ligne de mire de la PIDE (police politique de l'état), Adriano Correia de Oliveira se verra interdire un grand nombre de ses apparitions sur scène et éditions discographiques, recevant ainsi le même traitement que les auteurs cités ci-dessus, auxquels on peut ajouter Fausto ou Manuel Freire parmi tant d'autres. Malgré ces interdictions, une partie d'entre eux se retrouveront sur la scène du Coliseu dos Recreios de Lisbonne le 29 mars 1974, moins d'un mois avant la libération. Sur la photo ci-dessous et de gauche à droite apparaissent Barata Moura, Vitorino, José Jorge Letria, Manuel Freire, Fausto, José Afonso et Adriano Correia de Oliveira. Ce soir-là, les paroles d'une chanson faisant rimer "morena" et "ordena", alors interdite, se faisaient déjà entendre dans l'assistance...



Cette interdiction ne l'empêchera pas de sortir quelques singles et surtout de préparer son futur album, Que Nunca Mais, qui ne sortira toutefois qu'après le 25 avril 1974. Ce disque, sur des poèmes de Manuel da Fonseca, lui offrira sa seule et unique récompense internationale, étant élu artiste de l'année par la revue britannique Music Week. En 1980 sera publié son dernier disque, Cantigas Portuguesas (avec Fausto aux manettes), véritable chant du cygne où Adriano Correia de Oliveira rappelle le rôle que sa "famille musicale" aura eu dans la libération du peuple portugais, peuple qui s'est déjà tourné vers les Rui Veloso, Trovante, UHF ou Xutos & Pontapés, en plein boom du rock portugais.

Le 16 octobre 1982, alors âgé de 40 ans, Adriano Correira de Oliveira s'éteint dans sa maison familiale de Avintes. Né pour la musique grâce à la musique de Coimbra, Adriano aura contribué dans les années 60 à son développement, apporté son engagement politique à la musique d'intervention et ouvert de nouveaux horizons à la musique portugaise du début des années 70. Adriano Correira de Oliveira est un de ceux qui a changé le visage de la vie et de la culture portugaise, traçant de nouveaux itinéraires dans lesquels de nouvelles générations ont suivies leur chemin.


Tombé dans un semi-oubli, il est de plus en plus difficile aujourd'hui de trouver des traces de son oeuvre. Movieplay a ainsi réédité une partie de sa discographie en 2007, célébrant ainsi les 25 ans de la mort de l'artiste. Parmi ces rééditions se trouve un coffret réunissant ses sept albums studios. Une compilation de ses meilleurs titres et un album d'hommage sont également sortis à cette occasion. Sur ce dernier, une nouvelle génération d'artistes comme Valete, Celine da Piedade ou Margarinda Pinto réinterprète des chansons de son répertoire. Plus récemment ont été publiés deux livres, le premier O Adriano Correia de Oliveira Que Eu Conheci de Pinto Soares en 2011 et Adriano Correia de Oliveira 1942-1982 Um trovador da liberdade de Mário Correia l'année suivante. Pour les musiciens, un Songbook a également, et finalement, été édité par Manuel Soares aux éditions Prime Books. 

Il est du devoir de chacun de découvrir ou de faire découvrir l'oeuvre de ce grand artiste, très certainement l'un des plus grands que le Portugal ait connu, et que celui-ci ne disparaisse pas de la mémoire collective, grand mal de nos société actuelles...



Aquela clara madrugada que 
Viu lágrimas correrem no teu rosto 
E alegre se fez triste 
Como chuva que viesse em pleno Agosto 

Ela só viu meus dedos nos teus dedos 
Meu nome no teu nome e demorados 
Viu nossos olhos juntos nos segredos 
Que em silêncio dissemos separados 

A clara madrugada em que parti 
Só ela viu teu rosto olhando a estrada 
Por onde o automóvel se afastava 
E viu que a pátria estava toda em ti 

E ouviu dizer adeus essa palavra 
Que fez tão triste a clara madrugada 
Que fez tão triste a clara madrugada
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