Interview



Rencontre avec Dead Combo


L’un vient du monde du rock (le guitariste To Trips), l’autre du jazz (le contrebassiste Pedro Gonçalves) et c’est la musique de Carlos Paredes qui un beau jour les a réuni pour former l’un des groupes les plus intéressants de la scène portugaise, les Dead Combo. Après 10 ans de carrière, ils sortent en France leur 6ème album « A Bunch Of Meninos » et seront en concert le 3 octobre au Petit Bain à Paris. Rencontre avec le duo le plus élégant et nerveux venu de Lisbonne.

Comment vous êtes vous rencontré pour former les Dead Combo ? 
To Trips : J’ai reçu une invitation de Henrique Amaro (animateur radio portugais) pour participer à l’album d’hommage à Carlos Paredes, « Movimentos Perpétuos ». J’ai alors invité Pedro Gonçalves à y participer. 
Pedro Gonçalves : On a fait cet enregistrement et puis To m’a montré d’autres morceaux qu’il avait. Créer les Dead Combo est alors venu naturellement. TT: Mais il important de dire que lorsque l’on a commencé, sans rien en attendre en retour. PG : On n’aurait jamais espéré cet impact, en jouant en plus une musique instrumentale.

Comment définiriez-vous l’univers, le son des Dead Combo ? 
PG : C’est de la musique avec Lisbonne à l’intérieur. Les Dead Combo ont ce langage mais n’ont pas de langue. Pourquoi n’avoir jamais ajouté des voix, des chanteurs dans vos titres? 
PG : Pour ne pas avoir de problème (rire) ! 
TT : On s’est juré qu’on ne mettrait jamais de voix ! PG : On a déjà pensé à le faire pour un disque, mais cela serait quelque chose de ponctuel. On a déjà fait un titre avec Camané notamment. Mais on veut surtout pouvoir garder cette liberté que nous avons tous les deux lorsque l’on compose. 

Votre dernier album « A Bunch of Meninos » vient d’être édité en France, quel en est le fil conducteur ? 
PG : Il est apparu après la composition des titres. C’est un peu la suite de l’histoire que l’on raconte depuis 10 ans maintenant, l’histoire de deux hommes qui sont toujours en train de fuir, qui ont toujours des ennuis et cette fois ci il y a un personnage qui est une fille qui les aident à s’en sortir. 

Dans l’album, la plupart des personnages qui apparaissent sont des personnes réelles… 
PG : Le titre Dona Emilia, par exemple est un hommage à une amie qui fait le ménage dans la salle de concert lisboète ZDB. Sur ce titre le batteur Alexandre Frazão a fait un son avec sa batterie qui ressemblait à un balai et on a tout de suite pensé à elle. Nous avions convié Nick Cave à participer à l’album, mais cela ne s’est pas fait d’où le titre Waiting For Nick At Rick's Café… 

Et le titre de l’abum « A Bunch Of Meninos », comment est-il apparu ? 
PG : C’est le producteur de nos disques Helder Nelson qui a inventé ce nom en 2008 lors d’un voyage en Hollande. On parlait de l’état du pays et il a fait référence à ceux qui nous gouvernaient à l’époque comme des « Bunch Of Meninos ». Cette expression est restée et vu les circonstances actuelles du Portugal, on a décidé de garder le nom pour l’album. On a aussi dans l’album un titre dédié à l’activiste Eduard Snowden, Mr. Snowden's Dream. Je pense qu’au final c’est l’album le plus politisé des Dead Combo.

Interview réalisée pour le CAPMag d'octobre

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Luisa Sobral édite un album pour enfant


Le troisième album de Luisa Sobral est prévu pour novembre et sera cette fois-ci entièrement écrit en portugais et spécialement dirigé aux enfants.

“Lu-Pu-I-Pi-Sa-Pa” portera "sur les épisodes de mon enfance, certains que j’ai vécu moi-même, d’autres vécus par des amis ou des enfants de mon école. Chaque chanson a une image qui lui est associée : la récréation, l’heure du déjeuner, la porte de l’école, le terrain de foot et d’autres qui me sont restées en mémoire" indique-t-elle à l’agence Lusa. "L’objectif était d’écrire des chansons pour que les parents puissent les écouter avec leurs enfants."

La sortie de l’album est prévue pour le 3 novembre. Il a été produit par la propre chanteuse et Luís Figueiredo (également pianiste sur l’album), on y retrouvera également João Hasselberg à la contrebasse et Carlos Miguel Antunes à la batterie.

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Interview



The Legendary Tigerman, le « one man band » de Paulo Furtado.


Paulo Furtado, également leader du groupe Wraygunn, est l’homme qui se cache derrière le "one man band" The Legendary Tigerman. Le multi-instrumentiste portugais (il joue de la guitare, de la batterie et de l’harmonica) nous propose depuis plus de 10 ans un blues rock’n roll hybride, sensuel et direct. En mars dernier est sorti son nouvel album « True » et c’est à Lisbonne près du Jardin Amalia Rodrigues qu’il nous accueille pour nous en parler et nous rappeler combien la France a été importante dans sa carrière. Il se produira en concert au mois d'octobre et novembre dans toute la France (voir agenda).

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer comment est née l’idée de "one man band" ? 
C’est un peu un accident, mais en même temps j’ai toujours beaucoup écouté des « one man band » et toujours aimé ce format. En 1999, lorsque mon groupe antérieur Tédio Boys mettait fin à sa carrière, j’ai commencé à composer de nouvelles choses et je formais ce qui deviendrait plus tard Wraygunn et The Legendary Tigerman, dans un garage à Coimbra. J’ai passé tout l’été à jouer de la guitare et à chanter. Ce que je n’avais jamais fait auparavant. Dans ce garage, il y avait un une grosse caisse et une cymbale. Et au bout d’un mois et demi à jouer de la guitare et à chanter, j’ai commencé à les utiliser juste pour avoir des idées rythmiques. J’ai enregistré et ça me sonnait bien dans ce format. Ce fut donc un peu par hasard. Je voulais trouver ma voie, commencer un projet de zéro qui ne soit qu’à moi. Ce ne fut pas prémédité. Il m’aura fallu près de deux ans pour faire le premier concert de The Legendary Tigerman.

Vous dites souvent que le nom « The Legendary Tigerman » fonctionne un peu comme les capes des super-héros, une façon de se protéger… 
Le format « one man band » quand il n’est pas emmené vers le coté « cirque » est toujours quelque chose de dangereux et sur le fil du rasoir. Si tu te trompes, c’est vraiment une grosse erreur et elle vient de toi. Les concerts de The Legendary Tigerman sont des concerts beaucoup plus tendus pour moi, la responsabilité est beaucoup plus grande que pour Wraygunn. C’est donc lié à ça. Tu as beaucoup plus de doute quand tu commences un projet de ce genre. 

Pourtant, on va pouvoir maintenant découvrir un batteur, Paulo Segadães, à tes cotés en concert. N’est-ce pas un peu dénaturer l’idée de « one man band » ?
Non, parce que je vais maintenir le format « one man band » pour certaines chansons, il y aura des arrangements différents pour d’autres. C’est pendant l’enregistrement du nouveau disque « True » que j’ai pensé à ajouter un batteur. En fait j’ai terminé le disque 2 fois, l’une en juillet dans un format quasi pure « one man band ». Et puis après l’avoir écouté et savoir qu’il ne sortirait finalement pas en septembre, j’ai eu un peu plus de temps et j’ai pensé que je n’avais pas à me limiter au format. Il y avait des chansons qui ne suivaient pas la direction que je voulais. J’ai alors demandé à trois personnes de faire des arrangements : deux pour des arrangements de corde, Rita Redshoes et Filipe Melo, et João Cabrita pour des arrangements d’instruments à vent. Cette ouverture à mon univers à d’autres personnes, comme le fut d’une autre manière l’album antérieur « Femina », m’a fait penser que je ne devais pas être esclave du format. Après 5 albums, je n’ai plus rien à prouver. Et dans le futur je me demande si The Legendary Tigerman ne sera pas quelque chose d’hybride entre le « one man band » et autre chose. Après 10 ans à explorer ce format, j’ai envie aussi expérimenter d’autre chose. Et le fait que Paulo Segadães joue en live permet aussi de rendre plus suave cette tension que j’avais uniquement sur moi lors des concerts. 

Comment décririez-vous ce nouvel album « True » ? Moins féminin, que le précédent évidemment… 
C’est un album plus dur et d’un autre coté plus Rock 'n' roll. Il y a des titres plus sombres et d’autres plus joyeux. Je crois que c’est un peu le fruit des temps que nous sommes en train de vivre au Portugal, de toutes les difficultés que nous passons dans le pays. Dans le nouvel album, on trouvera également un documentaire sur l’enregistrement du disque fait par Paulo Segadães et un court-Metrage, objet hybride avec deux clips réalisés par Paulo et moi. Je prépare également un autre projet lié cette fois-ci plus au cinéma. J’ai demandé à plusieurs artistes plastiques portugais de s’inspirer des instrumentaux de l’album pour réaliser des films. On fera un ciné concert qui sera complètement différent de l’album, plus vers la fin de l’année, qui passera probablement aussi par Paris. 

La France a toujours été important dans la carrière de The Legendary Tigerman, vous avez toujours été bien accueilli aussi bien par le public que par la critique, comment l’expliquez-vous? 
Peut-être qu’il existe une explication historique. La France a toujours eu une grande ouverture au Blues et au Rock 'n' roll, c’est un pays qui a été un refuge dans les années 20-30 pour de nombreux artistes de jazz. Ce que je remarque dans les concerts, c’est qu’à Paris le public va de 15 ans à 65 ans, ceux qui avaient l’habitude d’écouter du rock il y a 50 ans continuent à le faire, ce qui est très différent du Portugal. 

Le succès en France a-t-il d’une certaine façon influencé The Legendary Tigerman? 
D’une manière directe oui, car la France est le premier pays en dehors du Portugal où les choses ont marchées, cela m’a permis d’aspirer à une carrière internationale, ce qui rend plus facile l’idée de maintenir une intégrité artistique. Ça a été très important que les choses soient arrivées de cette manière en France, qu’il y ait des personnes avec l’esprit d’aller voir du Rock 'n' roll. Ça m’a conforté dans l’idée que ce je faisais était valable. Si les choses ne s’étaient pas passées de cette façon en France, probablement le projet The Legendary Tigerman n’existerait plus.
Interview réalisée pour le CAPMag(Mars 2014)

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Mariza gagne le prix Womex 2014


La fadiste Mariza vient de recevoir le prix international de world music WOMEX. C’est la première fois qu’un portugais reçoit ce prix en nom propre.

L’organisation indique que la fadiste “a amené ce style vers d’autres niveaux de reconnaissance internationale”. Dans le communiqué de Womex, on peut lire également que “Depuis l’édition de son premier album, il y a 13 ans, Mariza est devenue l’incarnation vivante du Fado, ainsi que l’artiste la plus visionnaire et innovatrice de ce style. Elle a crée son propre son, qui est semblable aussi bien dans les tavernes de Lisbonne que dans les plus prestigieuses salles de concert du monde et elle est tout autant une star au Portugal qu’au sein de la communauté de la World music.” 

La cérémonie de remise des prix se déroulera à Santiago de Compostela du 22 au 26 octobre.

Rappelons que l'artiste a sorti en 2014 son premier Best Of.

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Ils en Parlent






Throes + The Shine, dans la lignée frénétique de Buraka Som Sistema



Mambos de outros tipos

Lovers & Lollypops -
4/5










Dans la lignée frénétique de Buraka Som Sistema, découvrez le “rockuduro”. Critique et écoute.
Abana ! Abana ! Abana !” Traduit du portugais, comprenez quelque chose comme : “Secoue-toi ! Secoue-toi ! Secoue-toi !” Voilà ce qu’on peut entendre sur Dombolo, single du deuxième album de Throes + The Shine. Et c’est vrai qu’on n’avait pas été secoués comme ça depuis Buraka Som Sistema, groupe qui s’acharne à populariser le kuduro depuis dix ans bientôt.
Le kuduro, c’est une niche électronique née en Angola dans les années 90, et qui s’est vite propagée au Mozambique, au Cap-Vert, au Brésil… La singularité de ces Luso-Angolais, c’est de marier kuduro et rock en inventant pour l’occasion le rockuduro ! Mot qui, presque littéralement, veut dire “rock dur” en portugais.
 
Et c’est vrai que parfois, Mambos de outros tipos pète le crâne avec des grosses guitares bien débiles, pour juste après amadouer avec des arpèges tranquilles à la Vampire Weekend (ces derniers ne s’inspirent-ils d’ailleurs pas de la musique africaine ?).
Avec l’excellent label Lovers & Lollypops, Throes + The Shine contribue ainsi à exorciser un passé colonial douloureux en assumant pleinement ses différentes influences. Dans la danse et la transe, l’histoire se réinvente ici de la plus belle des manières : en musique, évidemment.
le 26 août 2014 à 14h30

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PAUS en tournée en France au mois de mai



Formé en 2009 à Lisbonne , le groupe portugais Paus brise le moule grâce à sa formation insolite : deux batteurs qui agissent comme le moteur de la bande, une basse et un arsenal de claviers, entre pop expérimentale et rock psychédélique. Après avoir joué sur les meilleurs festivals portugais, au Primavera Sound ou à Eurosonic et ouvert pour Radiohead ou Caribou, le groupe s’apprête à sortir un deuxième LP, "Clarão", en avril 2014 sur le label El Segell del Primavera et sera distribué en france par PIAS. Vous pourrez les voir en concert au mois de mai en France (voir Agenda à droite).

Découvrez le premier extrait de leur nouvel album.

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Interview



Rita Carmo, la photographe du son.

© José Sena Goulão

Si on aime la musique au Portugal, impossible de ne pas connaître son nom. Rita Carmo est LA photographe musique au Portugal. Depuis plus de 21 ans, passer sous son objectif est devenu un passage obligatoire pour les artistes portugais, et pas seulement. Elle est depuis 1992, la photographe de la revue musicale portugaise Blitz et ses photos ont déjà été publiées dans de nombreuses revues étrangères (Melody Maker, Rockin’On, Daily Mail...). Si vous avez un album portugais entre les mains, il y a de forte chance que la photo de la couverture soit d'elle. Elle vient d’éditer son deuxième livre de photo : "Bandas Sonoras -100 Retratos na Música Portuguesa" (Ed. Chiado Editora) qui réunit des photographies d’une centaines d’artistes ou de groupes portugais. Un ouvrage obligatoire pour tous ceux qui aiment la musique portugaise. Rencontre avec celle qui a décidé de transformer le son en image.

Parle-nous un peu de ton parcours ? 
C’est un chemin parallèle et sinueux. Mon problème c’est que j’ai toujours aimé différents domaines. J’ai commencé par les Lettres, mais je n’étais pas très satisfaite car j’aimais aussi beaucoup les langues et la philosophie. J’ai pensé à faire du droit aussi… Et puis j’aimais beaucoup dessiner. A l’époque mon père m’a laissé prendre des cours de mode le soir au IADE (Institut des Arts Visuels, Design et Marketing de Lisbonne). C’est là que j’ai commencé à photographier dans le domaine de la mode. Après avoir fini mon cursus de mode, je suis entrée aux Beaux Arts. Ma formation est de design graphique, j’ai un diplôme de mode et j’ai cette partie Lettres à travers une année faite en communication sociale. J’ai fini par joindre deux domaines, car j’aimais le journalisme : raconter les choses, ce qui se passe et les voir. J’aime l’idée de voir et de pouvoir raconter ce qu’il y a autour de soit et dans le fond c’est ce que je fais avec la photographie.

Et comment la musique est entrée dans ce parcours ? 
Elle est entrée par pur hasard. J’étais au IADE. Je prenais des photos de mode. J’ai fait une exposition dans l’ancienne FIL comme finaliste du IADE. Il y a quelques années le journal Blitz faisait des productions de mode mais toujours avec des personnes qui n’étaient pas des mannequins. Et Cristina Brites qui travaillait au Blitz dans la partie mode a vu mon exposition et a aimé. Ils m’ont invité à l’époque pour faire uniquement le défilé de mes collègues. J’ai fait par la suite quelques autres sessions avec eux et j’ai fini par rentrer dans l’équipe des collaborateurs, en 1992. 

Te souviens-tu de ta première session photo liée à la musique ? 
Je m’en souviens parfaitement. Mais j’avoue que j’essaie de l’oublier, car elle fut mauvaise ! C’était un dimanche de carnaval, j’ai photographié un concert dans la salle Johnny Guitar d’un groupe qui s’appelait Cavacos qui n’a existé que ce soir là. C’était un groupe qui se moquait de Cavaco Silva dont faisait partie Zé Pedro (avec une perruque blonde) ou encore Jorge Palma… Mais la première fois où j’ai senti que je photographiais vraiment des concerts, ce fut pour un concert des Madredeus à l’église de Madre de Deus. C’était un concert privé de présentation des Madredeus à EMI International. Le même soir j’ai également photographié le concert au São Luis de Carlos Parede. 

Et t’es-tu sentie nerveuse ? 
Je ne me sens jamais nerveuse. Mon père pensait que j’étais inconsciente et moi je pensais que j’étais très optimiste. Mais j’avoue que comme j’aimais beaucoup Carlos Parede et Teresa Salgueiro, ce que j’ai senti ce soir là c’est surtout beaucoup d’émotion. A l’époque on pouvait voir et rester tout le concert, il n’y avait pas toutes les contraintes d’aujourd’hui. On était peu nombreux à photographier. Il y avait une autre ambiance autour de la musique. 

Mais tu as suivi des cours de photographie ? 
J’ai juste fait un workshop de révélation photo en noir et blanc à l’âge de 13 ans. A part ça rien d’autre. Je suis une parfaite autodidacte. 

Le fait d’être d’une femme a t’il été un obstacle dans ton parcours ? 
J’aime à penser que ça m’a facilité la vie. De fait pour certains types de travail, nous les femmes, avons une sensibilité différente, pas seulement en terme de regard, mais aussi pour gérer les gens. Pour photographier une adolescente, c’est beaucoup plus facile d’être une femme grâce au coté maternelle. Le désavantage est la partie physique. Les hommes sont plus résistants. Ils sont plus grands normalement, c’est pour ça que je me balade avec un petit tabouret ! C’est un travail qui exige un effort physique. Il y a beaucoup plus d’homme que de femme qui photographie, même si aujourd’hui on voit de plus en plus de femmes. 

Mais si je te montre deux photos, arriverais-tu à distinguer celle qui a été prise par un homme ?
Non, ce n’est pas à ce point là. 

Ton premier appareil photo… 
Je l’ai encore, c’est mon père qui me l’a offert. C’était un Zénith, un appareil qu’il a acheté d’occasion. C’était un appareil qui était complètement manuel. C’est ce qui m’a permis d’apprendre la logique de la photographie. 

Tu avais des références à l’époque de photographes ? 
Aucune. 

Comment as tu créé ton esthétique ? 
En regardant beaucoup de photos. Je me souviens qu’à l’époque quelqu’un m’avait dit qu’un jour je serais la Annie Leibovitch portugaise. J’avoue n’avoir jamais réellement recherché des influences esthétiques. Je me souviens d’avoir vu l’exposition de Sebastião Salgado. Et si ça se trouve ma passion pour les grands angles, pour les contrastes vient de là. Mais pendant de nombreuses années, j’ai essayé de ne pas regarder trop de photos pour ne pas me sentir influencée aussi.

Si je te dis qu’il existe une "marque", une esthétique Rita Carmo, qu’en penses-tu? 
Je vois ça comme un compliment et j’espère que ça l’est ! Je sais ce que j’aime utiliser et lorsque l’on me demande quelque chose de différent, c’est toujours un effort, même si parfois c’est un bon défi. Récemment, j’ai photographié un groupe qui m’a dit qu’ils étaient tous un peu déformés sur la photo. Mais en venant me voir, ils auraient dû savoir que j’aime les grands angles et que cela déforme toujours un peu. Il y a peu de temps une personne m’a dit une chose intéressante. En lui présentant mon travail, il m’a dit qu’au fil du temps j’avais rendu mes photos plus dramatiques. Ça peut être lié au fait d’ouvrir les angulaires et d’utiliser plus les paysages et l’environnement autour. Ça peut apporter un regard plus dramatique dans le sens plus théâtral à la photo. 

Il y a deux parties différentes dans ton travail : photographier les concerts et les portraits d’artiste. Quelles sont les principales différences ? 
Elles sont très différentes. Mon attitude est très différente. 

Comment te prépares-tu pour un concert ? 
Je dois connaître le groupe. Je recherche des photos du groupe sur le net, car ainsi on peut comprendre s’il l’on peut prendre des photos proches d’eux, les groupes internationaux appliquent les mêmes règles pour tous les pays. Ça me permet d’être préparée au mieux. 


Tu as aussi souvent des contraintes en terme de temps, souvent tu ne peux photographier que trois chansons… 
J’ai même eu 30 secondes dans le cas de Beyoncé ! Ça m’est aussi arrivé une fois quand Prince est venu il y a deux ans. Les seules photos autorisées pendant le concert étaient celles avec Ana Moura. La personne chargée de la communication voulait que je ne fasse que 10 photos. Je lui ai dit qu’elle n’allait pas voir la différence entre la prise de vue et la photo. Alors elle m’a donné une minute ! 

As-tu notion du nombre de concerts que tu as photographié ? 
J’ai arrêté de compter ! Mais en moyenne, une centaine de concerts par an, j’y inclus les festivals évidemment. Depuis 21 ans, il suffit de faire le compte… 

Te sens-tu d’une certaine façon dans une situation privilégiée..
Oui, sans aucun doute. Je sens même parfois que je suscite de la jalousie. Car évidemment, les gens ne voient que les bons cotés de la profession… 

T'arrive-t-il d'aller voir un concert sans prendre de photo ? 
Non. Il y a peu de temps je parlais avec un photographe italien qui m’a dit exactement la même chose. Ça me gêne de ne pas être en train de photographier. On regarde toujours le concert avec un regard de photographe, on se dit : tient, ça donnerait une bonne photo. Ce qui me fait plaisir, c’est par exemple de pouvoir être présente durant tout le concert et pouvoir photographier petit à petit. Ça c’est un vrai plaisir. 

Une autre partie de ton travail consiste à faire des Portraits d’artistes, aussi bien portugais qu’étrangers. C’est un travail différent… 
Alors que durant les concerts, je suis un reporter. Lors des portraits c’est quasiment l’inverse. Je dois interagir avec la personne, je dois la faire se sentir bien pour qu’elle se donne à la photo. C’est quelque chose de plus intimiste. 

As-tu besoin d’aimer la musique de l’artiste pour pouvoir le photographier ? 
Non. Par exemple je n’écoute pas vraiment de Métal, mais j’ai un réel plaisir à les photographier, car ce sont souvent des personnages. 

T'a t-on déjà fait des demandes étranges, par exemple photographier sur une grue… 
Ça j’adorerais, j’aime faire ce genre de chose ! Par exemple, j’ai photographié Paulo Furtado dans une morgue. Il m’a suivi et il a été fantastique, ou encore dans un motel sordide, où le patron de l’hôtel a commencé à siffler les filles de Wraygunn. J’ai photographié David Fonseca sur une plage, il était complètement sous le sable avec uniquement la tête dehors. Au final, c’est plutôt moi qui demande des choses étranges aux artistes… 

Y a t-il un artiste étranger que tu rêverais de photographier ? 
Tom Waits ! J’adorerais ! J’aime les gens qui ont un visage marqué, qui ont une histoire sur leur visage. 



Tu fais très peu de photo en noir et blanc, est ce que je me trompe ? 
Non, tu as raison. J’ai commencé en noir et blanc, à l’époque le Blitz imprimait en noir et blanc… mais de fait j’aime la couleur et entre les deux je choisis toujours cette dernière. 

Comment vois-tu cette démocratisation de la photo auquel on assiste ces dernières années, avec les IPhone par exemple… 
Tout d’un coup, un monde s’est ouvert, beaucoup plus facile, plus pratique. J’essaie de tirer aussi partie de ça. Les photos de portable ont tout leur sens, ce sont un peu comme des polaroids : une photo plus immédiate qui vit de souvenir, d’histoire… mais tout est en train d’évoluer d’une telle façon que bientôt on aura plus besoin de nous. (rire) 

En 2004, tu as exposé tes portraits d’artiste au Forum des Halles à Paris. 
Ce fut ma première et unique exposition en dehors du Portugal.  Ce fut une excellente expérience avec, j'avoue, quelques péripéties. 

C’était le travail dont tu rêvais quand tu étais jeune ? 
Il s’en rapproche beaucoup. Ce n’est pas un travail monotone, il y a une bonne partie d’aventure, d’adrénaline. Je gère mon temps. C’est un travail très indépendant, très créatif, très physique aussi. Ça demande aussi une réflexion. Ça demande toujours plus de moi. 

Dernière question : comment photographie t-on le son ? 
Je ne sais pas ! Je tente depuis de nombreuses années ! Il y a des gens qui disent qu’ils sentent cela. C’est curieux car jusqu’à ce que j’édite mon premier livre en 2003, je n’avais pas eu de feedback sur mon travail. A partir de là, étant autodidacte, j’ai senti une plus grande confiance en moi. Une des choses qui m’a fait le plus plaisir, c’est que le gens disent qu’en voyant mes photos ils sentaient le son. C’est quelque chose qui m’a beaucoup émue.

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Peixe : Avião en lice pour l’album indépendant européen de l’année.


Le groupe portugais Peixe : Avião avec son album homonyme, est nommé pour l’ "Album Indépendant de l’année", prix européen attribué par Impala, syndicat européen de labels indépendants.

24 albums briguent la succession de l’album « Coexist » de The XX, couronné en 2013, et de l’album « 21 » d’Adele, qui a reçu l’award en 2012. Parmi les autres artistes nominés figurent Agnes Obel, Nick Cave & the Bad Seeds, John Grant, Wood Kid ou encore Sigür Ros. Un jury composé de membres du bureau d’Impala devrait annoncer le gagnant de cette année dans le courant du mois.



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Ils en Parlent




Interview



Rencontre avec Francisca Cortesão du groupe Minta & the brook Trout


© Vera Marmelo

Francisca Cortesão est la face visible du groupe portugais Minta & the brook Trout. Chanteuse, compositrice, guitariste, elle navigue avec son groupe sur des territoires de musique folk douce et country. Au moment où l’album "Olympia" vient d’être édité au Etats Unis, on a rencontré Francisca Cortesão pour nous parler de son parcours. L’occasion de découvrir une artiste dynamique, pleine d’envie et de projets. Et pour tous ceux qui seraient de passage à Lisbonne, on peut la retrouver avec son projet They're Heading West dans la Casa de Independente où elle invite tous les mois un artiste portugais à se produire avec eux, sont déjà passés sur cette scène des noms comme Capicua, Samuel Uria, Mazgani, Noiserv, Old Jerusalem… ou très prochainement Ana Moura…

Pour que le public français te connaisse un peu mieux, peux-tu nous parler de ton parcours musical? 
Ma formation musicale fut très courte. J’ai appris la musique avec ma famille. J’ai pris des cours de piano de 10 à 13 ans. Et puis à 13 ans j’ai voulu apprendre à jouer de la guitare et avoir mon propre groupe. J’ai donc laissé tomber le piano - ce que je regrette aujourd’hui - et j’ai appris à jouer de la guitare dans les colonies de vacances, puis dans les groupes que j’ai eu dès l’école primaire, une chose que j’ai toujours pris au sérieux. A part ces années de piano, ma formation musicale a toujours été faite avec d’autres personnes. Mon éducation musicale est peu formelle et elle continue à l’être. J’ai plus appris ces 5 dernières années que les 10 années avant celles-là. 

Tu viens de parler de l’importance de ces groupes, quel fut ton premier groupe, quel genre de musique jouiez-vous? 
Mon premier groupe s’appelait Casino. On a même édité un disque. On chantait déjà en anglais. C’était un peu plus pop britannique que ce que l’on fait actuellement. Dans ce groupe nous étions deux à composer, moi et mon ami Filipe Pacheco, qui a laissé Porto pour Lisbonne pour enregistrer l’album avec moi. Et du coup il transportait beaucoup plus son univers, comme Radiohead ou Blur, ce coté un peu plus marqué années 90, pop, ce que je ne fais pas actuellement. Mais dans le fond, il y a une certaine continuité. Le disque a été édité en 2001. J’avais 15, 16 ans quand j’ai fait ces musiques. 

Tu as commencé à composer à quel âge? 
Ma première chanson, que l’on retrouve d’ailleurs dans ce disque des Casino, a été composée à l’âge de 13/14 ans. 

Y-a-t-il un album ou un artiste qui t’ait donné envie de composer? 
Je ne me souviens pas vraiment. J’ai cette chance d’avoir eu une éducation musicale très bonne. D’un coté mon père avec la musique classique et la musique pop du coté de ma mère. J’ai toujours écouté de la bonne musique, des Beatles à Zeca Afonso. J’écoutais aussi beaucoup Paul Simon, « Graceland » est d’ailleurs mon album préféré de tous les temps. Mais si tu me demandes des albums marquants, bien sur qu’il y en a, ceux de mon adolescence, certains que j’aime encore, d’autres moins. Quand j’ai commencé à composer, j’écoutais beaucoup Pixies et Breeders. A l’époque j’étais aussi fan des Smashing Pumpkins, aujourd’hui je n’arrive plus à les écouter. Mais je n’arriverais pas à te citer un album en particulier.  

Et la musique portugaise? Tu en parles très peu, tu n’en écoutais pas à l’époque? 
La musique portugaise que j’écoutais était celle de mes parents et puis les groupes qui avaient une sonorité qui ressemblait plus à ce que je jouais. J’aimais beaucoup un groupe de l’Algarve qui s’appelait Supernova et à l’époque j’étais aussi fan des Pinhead Society, d’ailleurs deux d’entre eux font parties de mon groupe maintenant, Mariana Ricardo et Nuno Pessoa. Ils avaient une sonorité très proche des autres disques que j’aimais,  la même racine que les Yo La Tengo, Sonic Youth, sauf qu’ils étaient portugais et de ma génération. C’était important pour moi de savoir que ça existait aussi au Portugal. Mais pour être sincère, les groupes portugais que j’écoutais étaient en minorité. Actuellement j’écoute beaucoup plus de musique faite par les portugais. 

Tu fais la distinction entre musique portugaise et musique faite par les portugais… 
Oui je la fais, mais ce serait une longue conversation… 

Comment est né Minta tout d’abord, et ensuite le groupe Minta & the brook Trout? 
Lorsque que le groupe Casino a pris fin, j’ai arrêté de jouer en live et d’avoir un groupe de manière active. C’est aussi à l’époque où je suis allée à la fac et j’étais occupé à d’autres choses, mais j’ai continué à composer des musiques et j’ai commencé à les enregistrer à la maison. Et puis, j’ai décidé de les divulguer sur myspace. Même si je n’avais pas de concerts prévus, ni de groupes, l’idée de jouer en live est apparue peu à peu parce que les gens aimaient les musiques que je mettais online. A l’époque ça s’appelait Francisca Cortesão et pas encore Minta. Toutes ces chansons qui étaient sur internet ont été à l’origine du premier EP qui s’appelait "You". Le nom Minta est venu de cette idée qui m’a plut à l’époque d’avoir un alter ego musical. 

Justement le nom Minta vient d’un personnage d’un livre de Virginie Woolf, la littérature a –telle une influence dans ton écriture musicale ? 
Je lis beaucoup en anglais et c’est aussi pour ça que je vais y chercher des mots des idées, plus qu’une influence directe. A l’époque où j’écrivais l’album, j’étais en train de lire des contes de Raymond Carver. J'aime les auteurs américains, par exemple dans les auteurs plus modernes j’aime beaucoup Jonathan Franzen, j’ai enfin fini l’énorme livre de David Foster Wallace, « Infinite Jest » et ce fut un beau livre dont je ne sais pas si je vais en retirer quelque chose pour une musique. Mais de toutes les façons, ces choses ne sont pas conscientes. Je prends de ce que je lis et je lis beaucoup.

© Vera Marmelo

Le dernier EP d’originaux que tu as édité Olympia vient d’une ville des Etats unis, jusqu’à quel point cette ville a influencé l’album ? 
C’est dû à un voyage que l’on a fait avec le projet They're Heading West. C’est un groupe que l’on a créé pour aller jouer au Etats Unis. On y jouait les musiques de Minta & the brook Trout, de Mariana Ricardo, de João Correia des Julie & the Carjackers, Sergio Nascimento étant le batteur du groupe. On échangeait aussi les instruments. Ce fut 15 jours qui m’ont parus beaucoup plus long. L’album "Olympia" doit beaucoup à ce voyage, pas uniquement pour le titre de l’album, ville capitale de l’Etat de Washington. C’est aussi un peu un hommage à la scène musicale de là-bas. Ça nous a tous apporté quelque chose si ce n’est des musiques, des idées, un endroit dans nos têtes où l’on peut retourner de temps en temps. On y a fait 8 ou 9 dates de concerts, on est allé de Vancouver au Canada, jusqu'à San Diego au Mexique. Plus de la moitié des chansons de l’album on été écrite après ce voyage, ça a sans aucun doute influencé l’album, notamment les paysages très amples. Notre idée d’aller aux USA est venue du fait que nous aimions tant la musique qui venait de là-bas et de cette zone spécifique des Etats-Unis que nous voulions voir en vrai ces choses que tu ne connais qu’à travers les films, les livres et des chansons des autres. On a vraiment beaucoup envie d’y retourner. 

Dans "Olympia" on retrouve plusieurs artistes, notamment Afonso Cabral et Salvador Menezes du groupe You Can’t Win Charlie Brown.. 
Je les ai invité car j’avais l’habitude de les écouter dans les YCWCB. Ils font parties des personnes qui chantent le mieux ensemble. On a l’impression qu’ils respirent au même moment. Et j’ai toujours voulu avoir un chœur important dans le disque. Quand j’ai pensé à inviter des voix, j’ai pensé à eux, à Madalena Palmerim des Nomes Comum qui a aussi fait partie des They're Heading West pendant un certain temps quand Mariana était au Mozambique pour le film Tabu dont elle est la co-scénariste. Ma sœur s’est proposée de chanter et j’en ai été très heureuse. Et puis il y a aussi Miguel Bondeville des Blag bonbie. Ils n’ont malheureusement pas tous enregistré en même temps. D’un coté ces voix, les instruments à vent, d’un autre coté Carlos Mendonça qui est un percussionniste mexicain merveilleux qui vit ici à Lisbonne. En ce qui concerne les instruments à vent, João Cabrita avait déjà travaillé avec nous, d’ailleurs c’est une sorte de membre fluctuant du groupe. Ces collaborations ont toujours été pensées par rapport à ce qu’elles pouvaient apporter en terme d’arrangements. Toutes ont dépassé nos attentes. 

Je t’ai déjà vu jouer seul il y a un peu plus d’un an dans le cadre du Festival D’Bandada mais aussi avec le groupe, dans quel cas te sens-tu le plus confortable ?
Je n’aime pas du tout jouer toute seule ! D’ailleurs à Porto j’ai fait appel à Old Jerusalem pour m’accompagner, que j’ai appelé à la rescousse car aucun membre de mon groupe ne pouvait se déplacer. Il connaissait certaine de nos musiques car il avait déjà joué avec They're Heading West, et c’est une personne très généreuse. 

Tu as déjà fait partie de nombreux projets, tu as notamment substitué Rita Redshoes dans la tournée de David Fonseca, qu’as-tu retiré de cette expérience ? 
C’était une très bonne expérience, car je n’avais pas l’habitude de jouer de manière professionnelle tous les Week-end. Tout était nouveau pour moi. Et les musiciens qui l’accompagnent sont extraordinaires. J’ai eu l’opportunité de jouer sur d’énormes scènes, et je ne sais pas si un jour je pourrais le refaire. Et puis j’aime cette position de ne pas être au devant de la scène, de jouer des titres des autres. Je suis devenue beaucoup plus musicienne à partir de cette expérience. 

Tu as également collaboré avec Sergio Godinho… 
C’était en 2011. Je connais Sergio Godinho depuis l’enfance, car Porto est une petite ville. C’est l’un des premiers artistes qui j’ai écouté. J’ai participé à un concert de B Fachada où Sergio Godinho était aussi invité. Je lui ai donné notre album homonyme de 2009. Une semaine après il m’a appelé pour me dire qu’il avait beaucoup aimé l’album, que je composais et chantais bien. Et quelques temps après, il m’a dit qu’il avait fait quelque chose autour d’une de mes chansons et qu’il voulait que je l’enregistre avec lui. Et puis par la suite, j’ai enregistré avec B Fachada et João Correia l’album "Sobreviventes" avec l’aval de Sergio Godinho. 

Et qu’as-tu pensé de l’adaptation en portugais de ta musique "Large Amounts"? 
J’avoue que je préfère ma version. Mais ce fut très amusant car personne n’avait jamais utilisé l’une de mes chansons. Sergio Godinho raconte une histoire complètement différente, dans une langue différente et cependant c’est la même musique. C'est très curieux, car au final je me suis rendue compte que ça aurait pu être un titre original de Sergio Godinho. Et c’est peut être pour cela qu’il l’a choisit, cela lui paraissait familier. 

Ça ne t’a pas donné envie d’écrire en portugais ? 
Non, aucune.

Tu as la sensation que si tu étais née dans un autre pays et si tu avais fait la même musique tu aurais eu plus d’impact? 
Il y a beaucoup de "si" ! C’est évident que parfois je pense à ça. Mais si j’étais née dans un autre pays, je n’aurais probablement pas fait la même musique. Je chante en anglais, car l’anglais est ma deuxième langue, mais probablement j’écris des paroles de quelqu’un qui n’est pas natif. 

Qu’a Minta de portugais ? 
Une critique sur Olympia est sortie sur un blog américain qui faisait toute une analogie entre nous et le fado, la saudade et la mélancolie. J’ai trouvé ça excellent. Bien sûr qu’elle existe car nous sommes tous portugais. Et surtout, même si je suis de Porto, je crois qu’on est avant tout un groupe lisboète.

Vidéo



Marta Ren - “2 kinds of men” 

Après « Summer’s Gone », le single avec lequel elle s’est lancée en solo l’année dernière, Marta Ren revient en 2014 avec “2 kinds of men”, une perle old school selon le label italien Records Kicks, avec lequel elle va éditer son album en fin d’année.

La vidéo a été enregistrée en novembre dernier à Londres, lors du 10ème anniversaire du label Record Kicks au mythique The 100 Club, où elle a chanté accompagnée de 3 musiciens de son groupe , The Groovelvets (Bruno Macedo à la guitare; Samuel Silva au saxophone et Gileno Santana à la trompette) et du Trio Valore (Steve White, batteur qui a déjà joué avec des groupes comme The Who, Paul Weller, The Style Council; Damon Minchella, bassiste de Ocean Colour Scene et Paul Weller; et Justin Shearn, actuel claviers de Sam Gray).


Marta Ren a profité de son séjour à Londres pour filmer le clip de “2 kinds of men” réalisé par Marco Oliveira, avec la participation spéciale du mannequin Joaquim Gaspar.

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News



The Legendary Tigerman en France au mois de Mars avec son nouvel album "True"


Paulo Furtado, alias The Legendary Tigerman, sortira son 5ème album True le 3 mars prochain. Après une incartade avec son groupe Wraygunn, le bluesman du Portugal revient à son projet solo. Perpétuant la tradition des anciens bluesmen, Paulo est un multi-instrumentiste : il joue de la guitare, de la batterie et de l’harmonica. Si le Tigerman possède des racines anciennes, il n´hésite pas à les combiner à des samples, des beats, des boucles.  En 2009, Paulo Furtado fait la première partie de Jarvis Cocker et sort le superbe album Femina qui laisse la part belle aux femmes (Asia Argento, Peaches, Maria de Medeiros, Phoebe Killdeer entre autres). "True" perpétue la belle trajectoire "blues rock" de Tigerman. L'album sortira en CD /DVD incluant un documentaire sur la genèse de l’album. The Legendary Tigerman sera en tournée en France au mois de Mars. (voir les dates dans l'agenda).

Vous pouvez découvrir d'ores et déjà le premier single de l'album, "Do Come Home".



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Interview



Cristina Branco, l’Idéaliste




Idéaliste comme le nom de son anthologie qui est sortie en janvier, idéaliste comme la femme engagée qu’elle décide d’assumer pleinement avec son dernier album d’originaux « Alegria ». Cristina Branco est bien plus qu’une chanteuse de fado où l’on a voulu souvent la cantonner. Dans « Alegria » elle met en voix l’histoire de femmes portugaises, on y retrouve Carolina, Alice, Branca Aurora, Deolinda….(écrit par Sergio Godinho, Manuela de Freitas, Pedro da Silva Martins, Jorge Palma, Miguel Farias,Gonçalo M. Tavares…) ou reprend encore Chico Buarque et Joni Mitchell. «Alegria » est un album de mécontentement, un album qui nous rappelle combien un artiste doit pleinement jouer un rôle dans un pays en crise.

Le dernier album d’originaux « Alegria » est basé sur plusieurs personnages féminins, comment sont-ils nés? 
Certains étaient gardés en attendant d’avoir la maturité suffisante et pour les autres le moment le demandait. Tout est arrivé si rapidement dans notre pays, cette dégradation de la société… Ces personnages sont nés de là, car ils vivent avec nous, ce sont nos voisins. Ce sont des histoires que l’on connaît mais que l’on renie. « Alegria » parle de nous. 

Peut-on dire que c’est un album engagé?
Ce serait audacieux, d’abord car on ne parle plus d’engagement dans la musique portugaise. Sergio Godinho m’a envoyé un message quand il l’a reçu: « C’est un album très beau, mais il a fallut beaucoup de courage pour le faire ». Les gens ne veulent entendre que le coté « rose » des choses. Nous avons des difficultés à regarder dans le miroir. Je ne peux pas le définir comme un album engagé car cela se rapporte à une époque complètement différente, mais pour moi c’est une façon de mettre le doigt sur la blessure. Dans le fado, ça ne se fait pas. Il y a deux choses audacieuses dans l’album : les paroles et jouer avec une guitare portugaise dans un langage distant du fado. C’est un disque original dans divers domaines. Dans le fado tu ne parles pas des mauvaises choses. Même si tu parles de nostalgie, de drame, sans être superficiel c’est toujours entre deux individus, un dialogue. Mais le fado a un langage social, il parle d’une communauté. Cet album a un coté très fadiste parce qu’il parle de la société. « Alegria » est-il un album engagé ? Pour moi il l’est mais on ne peut pas le dire !

Les artistes doivent-ils jouer un rôle en ces temps difficiles au Portugal ? 
Bien sur ! Et on n’est pas en train de l’admettre. Nous, artistes, médias, personnes responsables par les mouvements de la société sommes presque obligés de défendre une perfection qui n’existe pas. Si on suit les journaux ou les réseaux sociaux, on a le fado, le football .. et on ne voit qu’un monde parfait. Et tant que le peuple vivra dans cet hypnose que tout va bien, on ne pensera pas au reste. Je trouve ça dramatique, on a tous un rôle social. Ceux qui ont une projection publique ont cette responsabilité. Je suis un être sociale, donc je me sens immédiatement engagée avec ma société. Et c’est dans l’art que ces choses se passent. Le gouvernement actuel dit que la culture est mineure. Non ! c’est dans la culture que tout nait, c’est notre point de départ, notre berceau. 




Paradoxalement vous avez décidé d’intituler l’album « Alegria » ("joie" en portugais)… 
Le poids des mots est peut-être plus important dans cet album par ce qu’il dit et raconte et veut transmettre. Ici les paroles ne sont pas légères. « Alegria » est un paradoxe, ce n’est pas un disque léger, ça parle de choses sérieuses. Le nom est apparu tout de suite, car je suis très mécontente et je pense que ça se voit ! Je ne vis plus au Portugal depuis Aout, j’ai décidé de partir vivre à Amsterdam. Je ne me sentais plus confortable au Portugal. Il y a une tristesse si grande dans ce pays, dans ces personnes. Je vois l’état de l’éducation, de la culture et moi ayant deux enfants j’avais peu à leur donner dans cet univers. Pour être sincère, je ne vois pas de grande sortie dans l’immédiat pour le pays.

Et le fado est il de plus en plus loin ? 
Dans cet album oui, mais cet album est très particulier. Mais le fado n’est jamais très loin, je pense au contraire qu’il est de plus en plus proche. Pour moi il vit d’une maturité de mon intimité et ma jeunesse ne pas permettait pas de me rapprocher de lui. Mais je l’ai toujours chanté, il peut ne pas être très présent dans mes disques mais mes concerts ont toujours du fado. 

Peut-on dire que Cristina Branco est fadiste ? 
Non pour une simple raison, je pense que ça peut offenser mes collègues qui chantent du fado. Au début de ma carrière, les gens ont eu besoin de me cataloguer comme tel. Mais je ne chante pas que du fado, je n’arrive pas à vivre uniquement avec l’univers du fado. Je suis née et j’ai grandi dans un circuit international. Je ne suis jamais passée par les Casas de Fado, je ne suis pas de Lisbonne. Je suis née sur scène. Dans mes concerts, je raconte des histoires à travers divers genres musicaux.. Et c’est comme ça que j’ai construit la chanteuse Cristina Branco. Mais paradoxalement je me sens fadiste, de plus en plus. D’ailleurs l’anthologie de 3 CD’s qui va sortir comporte un album uniquement de fados.
Interview réalisée pour le CAPMag(Janvier 2014)


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